Les dangers de Cordouan ont fait les pilotes

Savez-vous ce qu’est une marée montante - on dit le flot - en Gironde ? C’est un énorme courant de 1 à 2 milliards de mètres cubes d’eau qui se fait sentir jusqu’à 170 km de l’embouchure. Celle-ci est, de ce fait, fort dangereuse pour les navires venant du large, comme pour ceux descendant la rivière. De plus, les passes de Cordouan sont « mal pavées » et les bancs de sable baladeurs en font varier la profondeur, ajoutant aux difficultés.

Le pertuis de Maumusson, lequel fait se rejoindre le courant de la Charente et la marée de l’océan, augmente encore les turbulences imprévisibles. Entendre « gronder » Maumusson un soir de grand vent est une expérience mémorable. Mieux vaut se trouver sur la terre ferme. Des forces extraordinaires sont ici à l’oeuvre, quel que soit le temps. Même par mer calme, depuis un bateau, on croit entendre comme les halètements d’un monstre furibard prêt à jaillir du ventre de la mer.

Une fois passés les dangers de Cordouan, les vaisseaux d’autrefois n’en avaient pas fi ni avec les pièges de la rivière. Les risques d’échouages étaient grands, avant d’arriver à Bordeaux. Si jamais un navire se plantait sur le banc de Saint-Georges et que survenait un coup de vent, le naufrage s’en suivait, presque immanquablement. C’est pourquoi, en cas de tempête, les marins préféraient-ils tirer des bords carrés au large plutôt que de s’engager en Gironde.

 
Tour de Cordouan

Coll. Archives de la Marine Rochefort

 

Pour les guider et protéger le commerce maritime bordelais, dont il tirait profit, le pape Grégoire IX, au XIIIe siècle, fi t construire à Cordouan une tour d’une dizaine de mètres de hauteur, au sommet de laquelle des moines entretenaient un feu de bois. Le Prince Noir, fils de d’Édouard III d’Angleterre commanda une tour plus grande de six mètres, vers 1371. Enfin, à partir de 1584, l’ingénieur architecte Louis de Foix édifi a le phare, inauguré en 1611, dont subsistent aujourd’hui les deux premiers étages, une merveille d’Art architectural en pleine mer, classée Monument Historique en 1862.

Depuis longtemps les navigateurs, arrivés en vue de Cordouan, ont embarqué un pilote local éprouvé, afi n d’éviter les obstacles dressés par la Gironde sur la route menant à son domaine. Les pêcheurs de Saint-Palais furent les premiers pilotes de l’embouchure, suivis de ceux de Saint-Georges et Royan.

 

Tempête

Textes et photos extraits du livre « Gloire aux pilotes de l’embouchure de la Gironde » de B. Mounier aux Éditions Bonne Anse