Architecture de Royan 1900-1950

Architecture de Royan 1900

L’une des plus belles pages de l’histoire de l’architecture royannaise s’est écrite entre 1870 et 1914, lorsque la ville a rompu sans vergogne avec ses limites traditionnelles, pour aller explorer, aux confins des communes voisines de Vaux-sur-Mer et de Saint- Georges-de-Didonne, des territoires inexplorés situés en bord de mer. C’est ainsi que sont nés Pontaillac et Le Parc, les deux grands lotissements balnéaires auxquels les royannais sont encore très attachés.

Malgré les aléas d’une histoire particulièrement tourmentée, ces deux quartiers, qui ont vu défiler au fil du temps et d’éphémères saisons maintes personnalités du monde politique, industriel, littéraire, des sciences ou des arts et spectacles, abritent toujours un impressionnant cortège de villas. Qu’elles appartiennent au modèle du chalet en dur, du cottage d’influence anglo-saxonne ou à celui du castel, toutes se distinguent par une touche colorée, un jeu de matériaux ou un détail que ses plus proches voisines n’a pas le privilège de posséder.

Il résulte de ces rivalités plus ou moins perceptibles, une débauche de formes et de couleurs qui transporte le simple promeneur acceptant de se laisser entraîner par sa curiosité, dans un éden cossu et insouciant, où l’imaginaire prend rapidement le pas sur la réalité. Imperceptiblement, les vieilles dames de briques et de pierres qui hantent les rues ouvertes aux vents dominants de Pontaillac ou les allées sinueuses du Parc vous transportent dans une époque révolue, où farniente et fêtes rythment le quotidien d’une population aisée en quête de dépaysement qui vient de tout le grand sud-ouest, mais également de Paris.

 
Les Roches

Villa « Les Roches »

 

Toujours à la recherche d’une touche d’originalité dans le moindre détail, nos villas prennent volontiers le prénom d’un membre de la famille du constructeur, d’une plante ou d’une fl eur, d’un oiseau, d’un roman, d’une pièce de théâtre ou encore d’un quelconque héros des temps anciens ou modernes, qu’elles affichent avec fi erté à l’un des endroits les plus voyants de la façade principale ou sur un pilier de la clôture.

Si vous laissez votre curiosité vous envahir, vous remarquerez sans doute d’autres détails pittoresques, en particulier dans le traitement des bois des toitures à forts débords, ou parfois le nom d’un architecte ou d’un entrepreneur inscrit à proximité de la porte d’entrée. Vous voilà alors fi n prêt pour effectuer une balade nostalgique dans le temps, à la recherche d’un passé assez proche qui a fait les beaux jours de la cité et des stations balnéaires voisines… Alors, laissez-vous guider, ou suivez les guides !

 

Textes et photos extraits du livre « Les villas de la Côte de Beauté » de F. Chasseboeuf aux Éditions Patrimoines Médias

 
 

Architecture de Royan 1950

Desafinado… C’est le mot brésilien pour parler de contre-courant, de contre-temps, de contre-rythme. Il défi nit cette note caractéristique de la Bossa-nova, cette fausse note qui rend l’harmonie si parfaitement juste, qu’elle semble s’opposer aux règles les plus fondamentales de la science pour s’inscrire dans l’immortalité.

 

À mes yeux, l’architecture se définit ainsi, entre le courage de la modernité et la prudence de la tradition, l’art de l’architecte se situe aussi dans cette parenthèse inexorable du temps où nos projections les plus abstraites de l’avenir se matérialisent aussitôt en objets du passé.

C’est dans cet intervalle entre invention et mémoire que demeure la problématique architecturale. Dans un temps où l’hyperconsommation et la politique du tout jetable s’imposent, où l’on conçoit nos espaces à vivre comme des consommables à durées limitées, certaines cités se posent en contrepoids salvateur en élevant leur architecture au rang de patrimoine. Royan en fait partie.

 

 
Villa-du-parc

Villa du Parc. Photo Christophe Dugied

 
 

Royan, la ville la plus 50 de France, m’avaiton dit… Mais Royan est bien plus que cela. Véritable laboratoire architectural, elle est l’héritière de la modernité brésilienne d’Oscar Niemeyer et de « La Charte d’Athènes ». Elle est la trace de ce que fut hier la modernité et nous plonge dans un décor aux tendances diversifiées et toujours actuelles : l’expression franche de la structure dénudée, sans artifice, l’exploitation des jeux d’ombre et de lumière, la mise en évidence de la technique de l’ingénieur…

 

L’église Notre-Dame, le Marché Central, le Front de Mer, le Palais des Congrès, la Gare routière et les innombrables villas modernes sont autant de morceaux immortels du devenir d’un jour passé.
Ferret, Simon, Morisseau, Quentin, Hébrard, Marmouget, Gillet, Laffaille et bien d’autres, autant de noms à jamais inscrits dans l’histoire, porteurs d’une esthétique venue d’ailleurs, d’une architecture aux accents brésiliens, muséifiés le long d’une côte Atlantique du sud-ouest français, une Pampulha balnéaire où il me semble entendre, portée par le vent marin, la voix de Joao Gilberto chantant Desafinado…

Hervé Tordjman, Architecte, Préface du « Guide architectural, Royan 1950 »

 

Extraits du livre « Guide architectural Royan 1950 » d’A.M. Préaut aux Éditions Bonne Anse. Photos Ph. Souchard, C. Dugied