Des gabares, couraux « camions » du fleuve,
aux porteurs de « boîtes », vraquiers, pétroliers
et méthaniers du monde entier

La seconde vocation des navires est le transport de marchandises. Dans ce coin de Saintonge, il est attesté dès l'Antiquité. Trahi par les fouilles archéologiques du site du Fâ, sur la commune de Barzan, ce trafic était visiblement prospère à l'époque gallo-romaine avec importation d'étain de Cornouailles, de cuivre d'Espagne et exportation de poteries, vin, sel, huîtres...

 
coussot minotier - mosaïque publicitaire

L'autre période faste est, sans conteste, celle consacrée au bornage, pratiqué activement par les gabares du XVIIe au début du XXe, qui alimentèrent bon nombre de ports européens. Ce terme générique désigne des bateaux allèges pour le chargement ou déchargement d'unités plus imposantes. La gabare de Gironde s'identifie comme une embarcation à carène arrondie, très robuste pour encaisser les échouements à marée basse provoquant des pressions énormes sur la coque. Son gréement de sloop aurique sans bôme, fixé sur un mât saisi entre deux jumelles, articulé et abaissé par un treuil pour le passage des ponts, en faisait un bateau facile à manoeuvrer par des équipages réduits. Son faible tirant d'eau, sa grande surface de pont avec son écoutille large et accessible, l'imposèrent comme outil de prédilection sur le fleuve. Rien de surprenant à voir ces chapelets de gabares le long des quais de Mortagne, de Saint-Seurin pour l'activité des minoteries, de Meschers ou de Royan pour des voyages plus lointains.

 

Gabarre et son chargement dans le port de Royan

Gabarre et son chargement dans le port de Royan

 

Un bateau proche dans son utilisation, originaire du Libournais, côtoyait ces véritables «camions» bordelais et blayais : il s'agit du courau à fond plat et arrière à tableau. Tous deux étaient attendus par une armada de bricks, de goélettes et troismâts, voiliers divers qui cinglaient sur les mers du monde, auxquels succédèrent les vapeurs qui s'affranchirent lentement de leurs services, et laissèrent place aux cargos transatlantiques.

 
goelette

Le fleuve sera très tôt une grande voie maritime et fluviale. A partir du XIIe le commerce du vin avec les pays d'Europe du Nord va progressivement s'intensifier à tel point qu'on utilisera le tonneau comme unité de mesure étalon, à bord des navires du monde entier. Cette pratique se perpétue encore actuellement.
Au XIXe, c'est une flottille imposante de goélettes et navires similaires qui sillonne l'estuaire pour rallier les bancs de Terre-Neuve et qui rentre déverser sa cargaison de morues.

Le XXe signe l'abandon de la voile au profit de la vapeur puis du moteur. Exit les grands voiliers comme le France II, avec ses cinq mâts, lancé en 1912 à Bordeaux.

En ce début de XXIe siècle, la spécificité de ces navires d'antan ainsi que le bornage n'existent plus. Les milliers de bateaux qui empruntent la Gironde chaque année, pétroliers, chimiquiers, vraquiers ou autres porte-containers ne se différencient pas de ceux naviguant ailleurs. Ils ne se consacrent qu'au grand cabotage, acheminent ici l'équivalent des marchandises transportées par 400 000 camions et déposent plus de 50 000 boîtes sur les quais du Port Autonome de Bordeaux. 85% du fret provient d'Europe et Bordeaux exporte 80 % du sien vers ce continent.
Six terminaux sont opérationnels pour le port girondin. Au Verdon on réceptionne conteneurs et bois, à Pauillac hydrocarbures et bois, celui de Blaye s'est spécialisé dans les céréales et produits chimiques, Ambés les hydrocarbures et produits chimiques, Bassens quant à lui est plus polyvalent et accueille céréales, conteneurs, bois et multi vrac, Bordeaux se réservant les croisières. Ces navires de fort tonnage entrent et sortent de l'estuaire avec la marée, suivent un itinéraire balisé et surveillé pour éviter toutes catastrophes. La porte d'entrée est matérialisée par une bouée d'eaux saines appelée BXA (Bordeaux atterrissage) flottant au large de La Coubre; lui succède un chenal de navigation, jalonné de bouées rouges et vertes, qui longe tout d'abord la côte santone, puis celle du Médoc.