Des poissons, des hommes et des bateaux,
la pêche en rivière et plus au large

Trois éléments déterminent l'évolution des bateaux :

  • l'environnement et les conditions locales dans lesquels ils naviguent,
  • les prises convoitées et les ressources qu'elles génèrent,
  • la découverte de nouveaux matériaux, les améliorations et le confort qu'ils engendrent.
 
Préparation du caviar

Nos pêcheurs de la Gironde n'ont pas échappé à ce schéma ; ainsi trois embarcations se sont tour à tour illustrées ici.

La plus ancienne et singulière est, sans nul doute, la filadière, ressemblant à une navette d'où son nom. La motorisation provoqua la quasi-disparition de ces embarcations jadis nombreuses. Leur activité se clôtura en apothéose avec les captures du «créa» dont la commercialisation des oeufs sous forme de caviar, le seul provenant de l'Hexagone, procura aux pêcheurs locaux des revenus substantiels, notamment à Saint- Seurin-d'Uzet.

Ce bateau, manoeuvré aux avirons avec une voile au tiers, pratiquait surtout la pêche au filet dérivant pour les aloses, les lamproies, les esturgeons...

Cette pêche très lucrative des esturgeons interdite par la menace d'une disparition imminente de l'espèce, les pêcheurs se tournèrent vers celle des «biquettes» (crevettes blanches locales) et surtout des civelles baptisées ici «pibales» (signifiant chalumeau, pipeau en poitevin).

Préparation du caviar >

 

filadière en pêche

Filadière en pêche

 
Lavaneaux à marée basse

L'invention des plastiques et le maillage fin qu'ils permettaient, conjuguée à la demande généreusement rétribuée, par les Ibériques d'abord puis les Asiatiques ensuite, fit émerger les «lavaneaux» que l'on peut encore admirer dans le port de Mortagne-sur-Gironde. Le substantif désigne à la fois l'embarcation et les filets qu'elle emploie. Cette sorte de bateau «papillon» déploie ses ailes pour filtrer à l'arrêt les eaux limoneuses de l'estuaire.

Lavaneaux à marée basse >

 
yoles traditionnelles

Le dernier bateau emblématique est assurément la yole que les chalands modernes aux puissants moteurs vont certainement détrôner. Coiffées de tauds bigarrés (abri de toile qui couvre l'avant), toujours visibles à Mortagne, Talmont-sur-Gironde et Meschers-sur-Gironde, elles sillonnent l'entrée de l'estuaire, de la fin du printemps aux prémices de l'été, pour traquer les maigres. Les pêcheurs, l'oreille rivée au fond du bateau, cherchent ainsi à percevoir les grognements émis par les femelles durant la parade nuptiale, pour les capturer dans les tramails avec lesquels ils les encerclent promptement.

Ces pêches saisonnières, car s'appliquant à des espèces migratrices, ont permis de maintenir une pêche locale qui malheureusement s'étiole inexorablement.

< Yoles traditionnelles

 

A la fin du XIXe, l'estuaire de la Gironde fut le théâtre d'une aventure conchylicole extraordinaire et opportuniste... En effet, Le Morlaisien, dont les flancs regorgeaient d'huîtres de l'embouchure du Tage destinées au repeuplement de centres ostréicoles français, s'abrite dans l'estuaire en raison du mauvais temps. L'attente se prolongeant, la cargaison avariée est rejetée par-dessus bord le 14 mai 1868. Les huîtres survivantes seront à l'origine d'un des grands gisements de «naissain».

Son exploitation par pêche à pied ou en bateau (avec drague ou griffe) débutera en 1876 avec des pêcheurs des quartiers maritimes de l'estuaire. Les campagnes sont fixées et limitées par décrets annuels, autorisées, par tirage au sort, à quelques bateaux étrangers au bassin de la Gironde. Ils seront 20 en 1920, leur effectif doublera dans les années 30, et sous la pression des ostréiculteurs de Marennes-Oléron, il culminera à 176 bateaux « étrangers » sur un total de 254, en 1953-54.

Mais la période de pêche est très courte. La maladie des branchies, provoquée par un virus affectant l'huître portugaise, va décimer 50% des stocks et compromettre dangereusement l'activité. Pour enrayer cette épizootie, on immerge, sans grand succès, le 7 avril 1972, dans les eaux de l'estuaire, 30 tonnes d'huîtres originaires, malgré leur dénomination de «japonaise», de la côte Pacifique du Canada. L'opération sera reconduite l'année suivante avec réussite cette fois. Quelques bateaux viendront à nouveau draguer ici, jusqu'en 1989 où plus aucune autorisation ne sera accordée.

 
Bateaux de pêche à Mortagne-sur-Gironde

Bateaux de pêche à Mortagne-sur-Gironde

 
Palangriers dans le port de Royan

Palangriers dans le port de Royan

 
 

Aujourd'hui, la panoplie des bateaux de pêche du secteur est moins surprenante et identifiée que jadis. Nos navires locaux ressemblent à tous ceux qui croisent le long des côtes européennes. Par contre, les 35 unités encore présentes travaillent presque exclusivement entre Belle-Ile et Arcachon (la zone 8), et ne capturent que des espèces nobles (sole, bar, merlu, lotte,...) avec lesquelles la criée de Royan s'est fait une certaine renommée. Les campagnes de pêche excèdent rarement une semaine. On peut ainsi voir régulièrement dans le port s'activer quelques chalutiers, au milieu de palangriers reconnaissables à leurs arrières bondés de flotteurs, aux pavillons multicolores qu'ils mouillent dans les eaux tumultueuses de La Coubre ou de Cordouan.