Dragueurs d'estuaire, flirts au fil de l'eau

Dragage de la rivière

Pour entretenir le chenal de navigation nécessaire à la remontée jusqu'à Bordeaux, des dragues aspirent des tonnes de sédiments entreposés par le fleuve. Leur allure remarquable et leur activité permanente en font une composante du paysage local. Malheureusement le vidage des cales de la Pierre Lefort, lorsque le bateau se coupe en deux, dans le sens de la longueur pour se délester de sa cargaison, nous reste étranger. Sans ces « marie-salope », nom peu glorieux dont ces bateaux sont affublés, le port de Bordeaux ne serait peut-être plus qu'un lointain souvenir...

La taille des navires pénétrant dans cette artère et leur rotation quotidienne nécessitent un curage permanent du chenal.

Drague à godet dans le port de Royan

Le dragage hier... drague à godet dans le port de Royan

 

Un autre bateau, à la silhouette particulière, intrigue les observateurs curieux : il s'agit de la drague aspiratrice du port de Royan, construite à Fontenay-le- Comte, par Hydroland, en 1983.

Longue de 40 m pour 6 m de large, la Royannaise affiche plus de 70 t. Elle ne cure plus désormais que le port de la ville, mais a effectué, par le passé, des travaux au Havre, Saint-Valéry-en-Caux, La Trinité, Pornic et bien d'autres ports... Son faible tirant d'eau lui permet de travailler à toutes les heures de la marée, et de curer ainsi une bande de 50 m par 25 en 9 heures de travail journalier. Elle s'adjoint les services d'un autre bateau pour ses déplacements. Etant considérée comme engin à capacité de manoeuvre restreinte, elle arbore une signalisation spécifique, qui lorsqu'elle est allumée, interdit le passage à tout autre navire. Elle effectue une rotation continuelle dans chaque bassin du port afin de les débarrasser du mètre de vase qui s'accumule annuellement dans chacun d'eux. Un pilote et un matelot sont nécessaires à son fonctionnement.

Le dragage aujourd'hui, La Royannaise

Le dragage aujourd'hui, La Royannaise

 

Entretien des chenaux par les bacs dévaseurs et sabliers

Les étiers perpendiculaires au lit principal de la Gironde font également l'objet d'une attention particulière, depuis très longtemps, car eux aussi sont victimes d'un envasement incessant qui peut compromettre l'activité économique des ports qu'ils abritent. Pour le contrecarrer, des retenues d'eau en amont, des bassins de chasse avec des écluses, ouvertes à marée basse entraînaient des bacs à rateau ou bacs dévaseurs poussés par la masse d'eau libérée et dont les panneaux raclaient la vase accumulée. Procédé économique et astucieux mais demandant à être renouvelé régulièrement. Aujourd'hui, c'est l'Esturgeon qui, en véritable Sisyphe fluvial, accomplit cette besogne, mettant la vase en suspension avec son cylindre avant, pour qu'elle soit refoulée avec la marée.

A cet entretien, il convient d'ajouter l'extraction de granulats et de sables marins, nécessaires aux besoins des sociétés modernes. Les reconstructions après-guerre en ont englouti des volumes considérables et l'importance prise par le béton en exige de forts tonnages. Activité autrefois très présente à Mortagne, à Royan, elle se limite désormais aux port des Monards à Barzan.

 

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Le Créa, bac dévaseur au port de Mortagne

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L'Esturgeon, nouveau bateau dévaseur à Mortagne

 
 

C'est la société Graves et Sables Marins (GSM) qui, sur le platin de Graves du Verdon, extrait 300 000 t par an, transportées depuis peu, par le Côte de Bretagne, de la Compagnie Armoricaine de Navigation dont on loue les services. Ce navire de 75 m, construit en 1998 et refondu en 2003, vide sa cargaison de 2 400 t en général le week-end. Il approvisionne également Lorient, Quimper, Les Sables, La Pallice et Bordeaux. Il succède au Don Pancho qui oeuvrait sur Royan et à l'Amiral Duperré dont la silhouette était si familière aux riverains et qui, le soir de la tempête de 1999, voulut se métamorphoser en pont au-dessus du chenal et se faire ainsi admirer du monde entier avant de tirer sa révérence.